Archive

You are currently browsing the Sonnez en cas d'absence blog archives for May, 2005.

May

29

Le medium est le message… ou parfois le contraire

By Thierry de Baillon

Marshall McLuhan avait bien entendu raison: nous sommes aujourd’hui bien davantage conditionnés par la forme prise par l’information pour nous parvenir que par son contenu. Mais il est également des cas ou l’analyse du contenu donne des signes avant-coureurs sur l’évolution probable d’un médium, ou du moins sur certains de ses nouveaux développements.

Le plus significatif des contenus va d’ailleurs parfois se nicher là où ne l’attends guère; prenons par exemple les noms de domaine, dont le Journal du Net nous présente chaque semaine les nouveaux dépôts en .fr. Alors que la plupart d’entre eux ne sont généralement guère plus explicites ou passionnants que “masociete.fr”, le relevé du Journal du Net permet parfois d’y déceler des nouvelles offres produits, voire de suivre l’évolution marketing d’une marque ou d’une société. Ce ne sont-là que des indices, bien sûr, qui peuvent ne jamais donner lieu à une quelconque réalisation concrète, mais dont l’étude est révélatrice des tendances du web français.

Quelques exemples: “lasagadestraction.fr” sera peut-être le site d’une nouvelle collection sur les tractions publiée par les Editions Atlas. “escalecolissimo.fr”, “cityssimo.fr”, ou la possible mise en place d’un nouveau système de relais-colis par La Poste à mettre en parallèle avec la tendance actuelle à réduire les effectifs dédiés à la distribution et les agences. “partir-montreal.fr” montre que la compagnie aérienne Corsair songe sans doute aujourd’hui à développer ses vols transatlantiques. “m6mobile-by-orange.fr” est-il l’indice de velléités de la chaîne M6 de devenir un opérateur de téléphonie virtuel (comme le souligne le Journal du Net) ? Ou, vu le succès que rencontre l’umts, la chaîne prépare-t-elle conjointement avec l’opérateur un système de diffusion exclusif de vidéo vers les mobiles ?

Ce ne sont-là que quelques exemples parmi tous ceux -passionnants- qui s’offrent ainsi chaque semaine aux internautes avertis.

May

22

I belong to the the blog generation…

By Thierry de Baillon

Lu aujourd’hui dans le Monde, la page consacrée au phénomène des blogs adolescents. Ma génération étant plutôt celle de la “blank generation”, telle qu’immortalisée par Richard Hell en 1977, je ne peux que m’interroger sur la portée sociologique d’un tel phénomène. Que la radio Skyrock soit aujourd’hui l’hébergeur de plus de 2 millions de blogs sur les 2,7 millions existants tels que les recense l’article n’est pas non plus sans me poser des questions.

On ne peut que se réjouir du fait que certains aspects du web se démocratisent, qu’il est aujourd’hui possible – et facile – à tout un chacun de s’exprimer à l’intention de plusieurs centaines de millions d’internautes, mais qui, au fond, est à terme le gagnant de cette prolifération de voix ? Le contenu ? Ou, une fois encore, le contenant ? Car il serait bien hasardeux de ne pas croire que les plus prompts à tirer leur épingle du jeu soient les plate-formes sur lesquelles fleurissent les sites personnels, ou les fournisseurs de ces technologies.

Aujourd’hui, des millions, voire des milliards, de SMS sont échangés chaque jour, à l’immense bénéfice des seuls opérateurs de téléphonie mobile, bien que certaines tentatives (voir :/n/e/t/surf par exemple) commencent à voir le jour et tentent de donner aux textos leurs lettres de noblesse.

Il serait plus que dommageable de ne considérer les blogs qu’à l’aune de leur succès marketing, et de n’analyser leur portée qu’à l’échelle de leur nombre. Certains blogs sont un apport considérable à la connaissance ou à la vie pratique, fournissent des clefs inédites, remplissent un rôle culturel indéniable, ne laissons pas la vaste entreprise commerciale qui aujourd’hui se profile derrière le phénomène blog prendre le contrôle de cette expression généreuse, comme cela a été par exemple le cas dans l’industrie du disque, au dépens de nombreuses compagnies indépendantes.

May

18

Exister, si l’on entend pas par là un simulacre d’existence, ne peut se faire sans passion

By Thierry de Baillon

Qu’il s’agisse de Kierkegaard, auquel j’ai emprunté ce titre un peu long, ou de Nietzsche, peu de philosophes ont osé regarder la passion en face, si ce n’est récemment. La plupart y ont opposé la raison ou le devoir, et nous vivons dans un monde qui semble jour après jour leur donner raison. Et pourtant…

La passion est un état de grâce qui transforme le quotidien et qui transcende l’action, un sentiment qui donne son véritable sens à l’existence. Je n’ai pas la vocation ou la prétention de faire un cours de philosophie, mais la passion, qui a toujours été un des moteurs de mon existence, a toujours pour moi rimé avec soif de connaissance. Pour peu que l’on soit capable de l’allier à la volonté, elle est source d’innovation et de mouvement. Ce n’est pas une surprise que la philosophie moderne ait définitivement tourné le dos au binôme passion/illusion pour y substituer des notions plus positives, axées sur le dépassement de soi. Passion de vivre, de partager mes (maigres) connaissances, passion amoureuse… je les revendique, elles font partie de ma vie, elles en donnent le sens.

May

17

L’enfant et les sortilèges

By Thierry de Baillon

Derrière ce titre emprunté à Debussy se cache (pour moi du moins) une question grave: pouvons-nous encore remplir correctement notre rôle de parents dans une société saturée d’information ? Plus que des transformations sociétales, nous vivons aujourd’hui des modifications en profondeur de la manière dont l’information, dans son sens le plus large, à savoir comprenant aussi bien l’exposition au savoir que celle à l’abjection, se confronte à nous et à nos enfants.

Des études récentes ont montré que plus du tiers des enfants français de 8 ans ont la télévision dans leur chambre. Que ce chiffre paraisse alarmant ou évident, notre rôle de parents face à l’image télévisée reste relativement simple: proscrire la machine en certaines occasions, à certaines heures ou sur certaines chaînes, ou enseigner à nos enfants une manière différente de regarder, les éduquer face à l’image, leur donner un bagage, sinon critique, du moins affectif suffisant pour leur permettre d’affronter ce qui leur est présenté.

Malheureusement, si la nature de la TV est exclusivement linéaire et standardisée, il en va autrement de l’internet, interactif et individualisé par essence. Un rapport officiel remis ce jour au ministre de la Santé présente des faits alarmants (selon l’AFP). Que la violence, les pratiques commerciales douteuses, la pédophilie et le racisme soient présents sur le net, voila qui n’est pas nouveau. Mais il semble que de plus en plus d’enfants y soient exposés, et de plus en plus jeunes.

Face à ces faits, le ministre de la Santé prévoit de mettre en œuvre certaines mesures, dont le fait de mettre à la disposition des parents des dispositifs de contrôle de navigation performants. Soit. Mais n’est-ce pas là une nouvelle politique de l’autruche ? Tout le monde (les internautes aguerris du moins) sait que ces logiciels sont aussi performants que les logiciels anti-virus du commerce: ils ne protègent que des dangers déjà identifiés, qui sont de loin les moins dangeureux. Et n’est-ce pas également une manière à la fois de déculpabiliser les parents, en leur offrant un garde-fou virtuel, et de rejeter sur eux une responsabilité qui, au vu de la globalisation de l’information et de sa diffusion, est de plus en plus hors de leur portée ?

La sensibilisation à l’informatique à l’école élémentaire n’en est encore qu’à ses balbutiements, alors que se posent aujourd’hui de manière brutale des problèmes d’éthique et de morale. Les adolescents ont depuis longtemps dépassés leurs parents dans la pratique des réseaux, tandis que le Brevet informatique et internet se borne à diffuser des connaissances de base des navigateurs et des tableurs aux collégiens. Je comprends la nécessité de réduire la proclamée “fracture numérique”, mais je conçois mal aujourd’hui la démission flagrante de l’éducation nationale face à ces nouveaux problèmes sociétaux. L’évolution de plus en plus rapide des technologie fait que les parents vont de fait se trouver de plus en plus démunis face aux comportements de leurs enfants. Là est la vraie fracture, et celle-ci n’a aucune chance de se réduire. Et si aucune volonté politique ne se manifeste pour donner aux enseignants en charge de nos enfants les moyens de les accompagner dans la découverte du monde online, qui s’en chargera ? Personne ne peut sérieusement croire que des logiciels détiennent une clef de ce problème, et en tant que parent, je ne peux que m’alarmer face à la désinvolture des services publics.

May

9

La petite île de monsieur Seguin

By Thierry de Baillon

L’un des plus beaux projets français de lieux de présentation de la création artistique vient donc de se réduire en cendres, François Pinault venant d’annoncer l’abandon de son projet de fondation sur l’Ile Seguin, à l’emplacement des anciennes usines Renault.

Je ne sais pas si cette défaite artistique est une défaite politique, l’avancement du projet ayant au cours des dernières années donné lieu à de multiples passes d’armes entre architectes-urbanistes, hommes politiques et administrations concernées, mais je suis déçu. Déçu que l’un des plus brillants hommes d’affaires français (brillant, mais pas nécessairement admirable, mais il n’est pas question aujourd’hui de sujets tels que l’affaire Executive Life) ait renoncé là où il aurait justement pu laisser la trace la plus durable, la plus lumineuse. Déçu qu’il n’ait pas su – ou pas voulu – mettre au service de la culture la machine de guerre qu’il a jusqu’alors si bien su déployer au service de la finance et de l’économie. Déçu que cette aventure ne se résume, au bout du compte, à un stérile et certainement inadéquat, quoiqu’en disent les parties, entre public et privé.

Ainsi donc, cettte fois-ci, la petite île de monsieur Seguin aura eu raison de la vision d’un loup de la finance. C’est une formule facile, je l’accorde, mais les raisons avancées et les conclusions que l’on en tirera me semblent tout aussi faciles. Nous en sommes tous les perdants.

May

5

Paris en mai, Paris en août

By Thierry de Baillon

Jamais Paris au mois de mai n’a paru aussi vide, et, la température aidant, on s’y croirait au mois d’Août. Il y règne aujourd’hui une agréable impression de farniente et de nonchalance. Il faut dire que, coincé entre deux jours traditionnellement réservés aux ponts et aux départs, le jeudi de l’Ascension est cette année la seule occasion de fuir la ville pour se ressourcer durant quelques jours. La menace d’un lundi de Pentecôte travaillé a réveillé les indécis, inspiré les vacanciers, vidé les rues et saturé les routes.
Il était décidément bien doux de se promener dans Paris aujourd’hui.

May

3

Wifi anarchie

By Thierry de Baillon

Ces derniers mois ont vu l’explosion du nombre de réseaux wifi en France. Il n’est aujourd’hui pratiquement pas un fournisseur d’accès qui ne propose d’abonnement accompagné d’un modem sans fil. Nous n’avons plus besoin de cables pour nous connecter à l’internet, plus besoin de nous cloîtrer près d’une prise téléphonique pour nous jeter dans le cyberspace. Et derrière cette -petite- liberté pourrait bien se cacher une véritable révolution, pour peu que le mouvement actuel de baisse des tarifs des abonnements et de multiplication de points d’accès continue.

Les libertaires du réseau ont toujours milité en faveur du libre accès à l’information, de toutes les informations. Chaque jour naît un nouveau moyen d’échange, une nouvelle technologie permettant d’échanger films, musique, écrits, connaissances librement, au grand dam de tous ceux qui font commerce de produits culturels. Les récentes offensives légales menées contre le téléchargement libre ont porté un coup sérieux au développement du peer-to-peer, mais pour combien de temps ? Il y a gros à parier que la bataille vient à peine de s’engager…

Mais, quoi qu’il en soit, il me semble de plus en plus que cette bataille n’est, de loin, pas la plus importante. Quelle n’a pas été ma surprise, en revenant hier d’une semaine de vacances, d’allumer le portable utilisé par mes enfants pour jouer, et de constater qu’à côté de mon propre réseau, un autre était disponible, un réseau ouvert, protégé par aucun mot de passe, et hébergé chez un de mes voisins. 2 clics ont suffit pour se connecter sur ce réseau, et pour surfer sur le net via la connexion de mes voisins.
J’imagine que la plupart des gens protègent leur réseau par un mot de passe, quand bien même celui-ci ne serait que celui fourni par défaut par le constructeur du modem. Mais j’imagine aussi un monde où, une fois les machines protégées de toute intrusion extérieure, l’accès à internet serait laissé ouvert, disponible à tout un chacun. Un monde où toutes les connexions seraient ouvertes, permettant ainsi à tout le monde de plonger librement dans la masse des connaissances disponibles. C’est peut-être un rêve, mais dans ces conditions, le wifi pourrait constituer un premier pas vers la vraie liberté d’accès à l’information et à la connaissance.