Jan

23

Lost in Territories – Why Consulting Needs to Be Reinvented

By Thierry de Baillon

Version française ici.

Since the dawn of mankind, human beings have structured their social identity from their affiliation to one or more territories. This belonging, whether geographic, social or symbolic, has allowed the birth and growth of collective structures with tangible, concrete boundaries, which turned into more and more complex systems (cities, companies,… ) which in turn developed their own identity (internally) and structured themselves through exchanges and markets (externally).

During the course of the XXth century, these systems have ossified, their boundaries have stratified themselves, up to sometimes giving up their essence for race for survival. At the same time, digital technology has facilitated the creation of new, virtual territories, whose boundaries continuously evolve, boundaries between private and professional life, between trusted and distrusted circles.

Loss of identity

Today, interpenetration of virtual and real, superposition of the territories there defined, have rendered identification with one -or several- territories nearly impossible. Customers are now active stakeholders of the companies they rent services from. Our relationships with the city we inhabit are becoming more and more abstract, cutting ourselves off from geographical, or even political, considerations. The sense of belonging to an enterprise, to share values, is vanishing. The systems of exchanges, symbolic or commercial, which had built the links between territories, are more and more dematerialized and spread into pieces as our territories no longer define us.

An increasing tendency toward more control and more planning has shown up inside these territories, whether organizations or urban entities, leading to less and less convincing results. Beyond the structural dysfunction of management models inherited from the urban and industrial revolution of the XIXth century, our inability to enjoy again a sustainable growth finds its roots in the vain attempts to manage these territories as closed systems. The more complex they become, the more resources are needed to try to hold entropy back (risk and security management, requirements management, process-based operations, urban planning,…), and the less effective and efficient they appear.

We behave as if organizations were closed exoskeletons and focus instead on the markets which link them together, granting them a life of their own (of the total of economic exchanges taking place nowadays, more than 96% are financial, and do not involve any product or service).

Maps and territories

For organizations as well as for urban entities, this loss of identity goes on pair with dilution of value. Their development, even their survival, is facing new challenges. Strategies of rules’ optimization become more and more irrelevant as we no longer master the boundaries of these territories, and we need instead to try to understand the logic of their inner dynamics. Our primary concern, when dams cannot contain the flow anymore, should be first to learn swimming.

How can we create value when value doesn’t have the same meaning for all stakeholders (customers, shareholders, managers, workers, or citizens, as social responsibility weights more and more in our minds)? How can we grasp the influence the territories we belong to, as customers, as citizens, are workers, exerts on us? The one they exert on each other?

Many of the frameworks and methodologies we are using to help organizations are now obsolete, as complexity trumps any attempt to globally understand them, as well as to address unique situations with out-of-the-box solutions. We need instead to favor experimentation, patterns matching, scenario testing, and resilient thinking, in order to get a grasp of the dynamics involved in the ever changing interactions inside and between the territories we belong to. In other words, we need maps.

Of course, the map isn’t the territory, as Alfred Korzybski said. But maps potentially replicate the territory’s structure, which allows us to re-appropriate its dimensions, symbolic as well as operational. Successive iterations will unfold the flows of exchanges at work at different scales in a fractal way, allowing us to keep a holistic vision of a territory while guiding all stakeholders on the road to follow. Value networks analysis, customer journey mapping, service blueprint, are some of the tools at our disposal to explore and help understanding the terra incognita that our organizations, our customers, and our cities have become. To paraphrase Paula Thornton, we don’t need to drive adoption, we need to help people understand how things are designed. We don’t need to manage change, as it is happening anywhere, at anytime; we need to guide them in embracing it. Consulting must now to step in a brand new territory.

Jan

23

Egarés dans les territoires – Pourquoi le conseil est à réinventer

By Thierry de Baillon

English version here.

Depuis l’aube de l’humanité, l’individu a structuré son identité sociale à travers son appartenance à un ou plusieurs territoires. Cette inscription, géographique, sociale ou symbolique, a permis la genèse et la construction de collectifs aux frontières concrètes, qui se sont transformés en systèmes de plus en plus complexes (villes, entreprises, …) qui ont à leur tour développé leur propre identité (en interne) et se sont structuré à travers échanges et marchés (en externe).

Le XXème siècle a vu ces systèmes s’ossifier, leurs frontières se stratifier, jusqu’à parfois substituer l’optimisation de leur subsistance à leur propre raison d’être. En même temps, les technologies numériques ont facilité la création de nouveaux territoires, virtuels, dont les frontières se transforment continuellement, frontière entre vie privée et vie professionnelle, entre cercles de confiance et de défiance.

Perte d’identité

Aujourd’hui, l’interpénétration du réel et du virtuel, la superposition des territoires qui y sont définis, ont rendu l’identification à un –ou plusieurs- territoires quasiment impossible. Le client est devenu un acteur à part entière de l’entreprise dont il loue les services. Notre rapport à la cité s’abstrait de considérations géographiques, voire politiques. Le sentiment d’appartenance à une entreprise, d’adhésion à des valeurs, se délite. Les systèmes d’échanges, marchands ou symboliques, qui avaient construit les liens entre les divers territoires, se sont de plus en plus dématérialisés et fractionnés, et nos territoires ne nous définissent plus.

A l’intérieur même de ces territoires, qu’il s’agisse d’entreprises ou d’entités urbaines, s’effectue une accentuation de la volonté de contrôler, de planifier, avec des résultats de plus en plus tenus et de moins en moins convainquants. Au-delà des dysfonctionnements de modèles de gestion hérités de la révolution industrielle et urbaine du XIXème siècle, notre impuissance à retrouver une croissance soutenable s’explique par la volonté vaine de gérer ces territoires en tant que systèmes clos. Plus la complexité s’y accroît, plus l’entropie s’installe, et plus les moyens mis en oeuvre pour tenter de maîtriser cette entropie (gestion des risques et de la sécurité, gestion des exigences, management par processus, planification urbaine,… ) croissent en s’avérant de plus en plus dérisoires.

Nous nous comportons comme si les organisations étaient des exo-squelettes clos, et accordons l’essentiel de notre attention aux marchés qui les lient entre elles, leur accordant une vie propre (plus de 96% des échanges économiques ayant lieu de nos jours sont exclusivement financiers, et n’impliquent aucun produit ou service).

Cartes et territoires

Pour les entreprises et les entités urbaines, perte d’identité et dilution de la valeur vont de pair. Leur développement, voire leur survie, fait face à de nouveaux challenges. Les stratégies actuelles d’optimisation des règles sont de moins en moins pertinentes, alors que nous ne maîtrisons plus les frontières de ces territoires; nous devons au contraire chercher à comprendre la logique interne qui les sous-tend. Lorsque les barrages ne sont plus étanches, la première chose à faire devrait être d’apprendre à nager.

Comment créer de la valeur lorsque celle-ci ne prend plus la même signification pour les parties en présence (clients, actionnaires, managers, employés, ou citoyens, alors que la responsabilité sociétale prend de plus en plus d’importance dans nos esprits) ? Comment appréhender l’influence qu’exercent sur nous les territoires auxquels nous appartenons, que ce soit en tant que client, citoyen ou employé d’une entreprise, et celle qu’ils exercent entre eux ?

La plupart des approches et des méthodologies utilisées jusqu’à présent pour aider les organisations sont aujourd’hui caduques. En effet, la complexité rend vaine toute tentative de compréhension globale, ou de résolution de situation unique avec des solutions prêtes à l’emploi. Pour comprendre la dynamique changeante des interactions qui se nouent à l’intérieur et entre les territoires auxquels nous appartenons, nous devons favoriser l’expérimentation, la reconnaissance de motifs spécifiques, tester sans relâche les scénarios possibles, cultiver la résilience. En d’autres termes, nous devons dresser des cartes.

Bien sûr, la carte n’est pas le territoire, ainsi que l’a dit Alfred Korzybski. Mais les cartes ont le pouvoir de reproduire la structure du territoire, nous permettant de nous ré-approprier ses dimensions, tant symboliques qu’opérationnelles. Par itérations successives, elles mettent en lumière de manière fractale les flux d’échanges en action à différentes échelles, nous permettant de conserver une vue holiste du territoire tout en guidant les divers acteurs sur la marche à suivre. L’analyse des réseaux de valeur (VNA), le mapping des parcours client, le blueprint de service, sont quelques uns des outils à notre disposition pour explorer et aider à comprendre les Terrae Incognitae que nos organisations, nos clients et nos villes sont devenues. Pour paraphraser Paula Thornton, nous ne devons pas faciliter l’adoption, nous devons aider à comprendre le design des organisations. Nous ne devons pas conduire le changement, celui-ci survient partout, tout le temps, nous devons aider à s’y mouvoir. Le conseil aux entreprises lui-même doit aujourd’hui s’aventurer sur un tout nouveau territoire.

May

30

The Catch Behind Design Thinking

By Thierry de Baillon

Version française ici.

This post is the first of a two-parts article on design thinking co-written with Ralph-Christian Ohr (@ralph_ohr). As businesses are more and more challenged by the wicked nature of the problems they face, whether in strategic or operational context, we need to integrate more divergent and resilient reasoning in our decision-making practices. Cleared from all the fuss which so often surrounds it, design thinking could provide the ongoing transformation of businesses toward “social” with an actionable framework to leverage the true potential of collaboration.

Design Thinking is quite a strange animal. Attempts to define this discipline, in fact as old as creativity, framed by Tim Brown, IDEO’s CEO, in his HBR article published in 2008, are as numerous as practical evidence of design thinking in action are. Trying to broaden the scope of design thinking from the design field to the one of complex business and societal problems had raised the need for a much more formalized approach. Practical reasons abound: how could you sell services based on a methodology which only defines and unfolds itself during execution? How could you convince executives that pattern matching and sense-making are as much relevant than proven tracks of expertise in a given domain?

Connecting design thinking with the broader context of problem solving has lead to the growth of two equally harmful myths: the guru designer and practice as a process, emphasizing on subjectivity or linearity where empathy, empowerment and divergent thinking are needed. Design thinking isn’t saving the world or revolutionizing business, for sure, mostly because of these two illusory paths. But before throwing the baby out with the bath water, and stating, with Bruce Nussbaum, that “Design Thinking is a Failed Experiment“, it is worth considering what is turning wrong. Speaking of creativity, learning from failure (if any) is usually a much more fruitful attitude than shooting the messenger.

A process is a process is a process

To allow design thinking to tackle business problems beyond design, it was assimilated to a process. One can easily understand that design thinking doesn’t fit the usual focus on linearity and convergence, so important in the conventional culture for efficiency most organizations emphasize on, and suitable for most traditional innovation approaches. This is an important issue, don’t misunderstand me, but do you really think that companies which give so much credit to Six Sigma or CMMI would welcome design thinking as a serious problem solving discipline? My bet is no. Of course, framing it as such a kind of process was, from the beginning, deemed to failure. There is a problem with “design thinking as a process”, but where does it really lie?

Contrary to expectations, “process”, in the business universe, has no straightforward definition. Processes do not necessarily rely on linearity and certainty might sometimes be fuzzy (think Adaptive Case Management), or divergent. Nevertheless, every flavor of business processes shares a common feature: an intrinsic independence from the people operating them. In this context, even when confronted with the most innovative organizational culture, “design thinking as a process” cannot fit. Not because of the mess and fuzziness associated with creativity, but because of the subjectivity involved: design thinking is highly interpretive and subjective, and most of its outcomes are dependent from the designer’s capabilities. Here lies the catch: this subjectivity is the disease which prevents design thinking from living up to its promise. Here lies also a paradox: subjectivity is as much a problem as it is a necessity. Without it, we fall into the dry world of business processes, unable to sparkle creativity. With too much of it, the ugly head of the guru designer shows up, enforcing a vision which fits more the designer’s ego and reputation than true business needs.

A complex adaptive framework

Most of the problems design thinking intends to solve have no unique formulation, no single solution. Despite the many definitions given, framing design thinking itself is a challenge. For many reasons, it can be considered as a complex adaptive framework aimed at addressing other complex dimensions of business. I view the whole design thinking approach as navigation through a fitness landscape: the problem occupies the base plane, while the third dimension symbolizes the “validity” of possible solutions. Framing the problem means picking up a starting point on the problem plane, then the whole approach consists in climbing up the hills in several directions, through iterative methods, until maxima are reached.

The choice of a starting point is highly subjective, and relies on designers’ personal background, experience, empathy and intuition. There is nothing wrong here, except that complex systems behave according to initial conditions, and this behavior cannot be mastered unless all parameters are known. Little changes might lead to vastly different outcomes, and further actions might well end up in dead-end local maxima, far from optimal solutions. It takes a leap of faith for businesses to follow such tracks. Who will decide which starting point is better, if both satisfy the context? How could the degree of “fitness” of any chosen direction be measured, unless pursuing them all up to the end?

Fractal behavior is another characteristic of complex adaptive systems which closely relates to design thinking. As prototyping and testing takes place, design thinkers progressively gets into details from feedbacks, those details belonging to the same initial formulation of the problem at different scales (global design, ergonomy or touchpoints, realization capabilities,etc), each scale being as important as the initial approach in the overall solution taking shape. A problem is that, at some point, one scale might not fit the solution at all, and little overlooked changes might produce huge changes in the overall system. You might, for example, tumble into a feature which might disrupt the manufacturing capabilities of the company you are working with. At that time, what can be done? It is usually a matter of jettisoning the work made at larger scales and jumping back into a different part of the problem space, switching to a vastly different solution because of a tiny, but critical, detail. Such a disruptive move means creative destruction, and isn’t an easy decision to make, as it involves highly subjective dimensions. Design thinking is about decision making – instead of boiling down a problem to one large decision, designers make lots of little decisions, learnings as they go. Therefore, navigating complex problems and ambiguity through small, iterative trials is highly determined by a subjective and continuously challenged assessment of the context.

Design thinking = critical thinking + design doing

In the hope to be better accepted in the business world, design thinking has given up the subjectivity associated with experimentation, and without which creativity simply doesn’t exist. Similarly, in its search for a better way to find solutions, it has forgotten that problems cannot always be framed without ambiguity.

Back in the eighties, I remember attending a meeting in a Japanese fabric company. The meeting’s goal was to agree on next season’s trends to start the manufacturing of new fabrics. Attendees, which included designers, product and sales managers, discussed about colors and textures for several hours, often taking little thread samples in their hand and rolling them together to get a concrete view of how it would look like. At the end of the meeting, no decision was made. Attendees didn’t agree on anything but general color trends, but kept some of the hand-made thread samples for further exploration and technical feasibility, ready to produce fabric samples for testing.

This was an enlightening experience for me, and still is thirty years later. It superbly illustrates how design thinking could thrive at resolving complex business problems. Critical thinking among stakeholders is a much better way to seed creativity than relying on individual designers. Early parallel and conflicting exploration holds more promise than relying on individual bias. The activity out of which something innovative emerges, is social and highly interpretive. It involves guiding connected conversations among individuals and groups to determine the range of alternatives from which convergent choices are made.

Subjectivity is a key component of design thinking which, to be accepted and profitable for businesses, should be tightly tied to organizational context. This requires a novel, and more resilient, approach to design thinking: we need designers who have a sound understanding of all the parameters involved, leaning on networks and groups of stakeholders, harnessing critical thinking, and linking outcomes to their own range of experience and expertise, through design methods. Let us call that parallelogram-shaped designers (strong specific business understanding linked to strong design expertise) in a collaborative enterprise. I sense this might also be a good definition for management 2.0.

Read Part Two

May

30

Le piège caché du design thinking

By Thierry de Baillon

English version here.

Ce billet est le premier d’un article en deux parties co-écrit avec Ralph-Christian Ohr (@ralph_ohr). Alors que les entreprises sont de plus en plus mises en question par la nature pernicieuse des problèmes auxquels elles doivent faire face, tant dans un contexte stratégique qu’opérationnel, nous devons intégrer des modes de pensée plus résilients et divergents dans nos pratiques décisionnelles. Une fois débarrassé de tout le folklore qui l’entoure souvent, le design thinking pourrait apporter, dans le cadre de la transformation actuelle des entreprises vers le «social», un cadre crédible au potentiel réel de la collaboration.

Le design thinking est un drôle d’animal. On trouve en effet autant de définition de cette discipline, et réalité aussi ancienne que la créativité, et formalisée par Tim Brown, CEO d’IDEO, dans son article de HBR datant de 2008, que d’exemples de son application. Les tentatives pour élargir le périmètre du design thinking ,au-delà du champ du design, vers celui des problèmes complexes auxquels font face le business et la société civile, ont révélé le besoin d’une approche plus formalisée. Il y a à celà de nombreuses raisons: comment vendre des prestations sur la base d’une méthodologie qui ne se définit et ne se dévoile qu’au fur et à mesure de sa mise en pratique ? Comment convaincre des dirigeants de ce que, dans un domaine donné, la reconnaissance de motifs et la création de sens sont aussi importants qu’une expertise reconnue ?

Introduire le design thinking dans le contexte plus large de la résolution de problème a donné naissance à deux mythes aussi dangereux l’un que l’autre: le designer guru et le processus roi, valorisant la subjectivité ou la linéarité, là où a avant tout besoin d’empathie, «d’empowerment» et de pensée divergente. Le design thinking ne va ni sauver le monde ni révolutionner les entreprises, c’est évident, ne serait-ce qu’à cause de ces fausses vérités. Mais avant de jeter le bébé avec l’eau du bain, et de déclarer, avec Bruce Nussbaum, que le Design Thinking est une expérience ratée, penchons-nous sur ce qui ne fonctionne pas. Pour revenir à la créativité, il est en général bien plus constructif d’apprendre d’un échec que de tirer sur le pianiste.

Un processus est un processus est un processus

Afin d’appliquer le design thinking à la résolution des problèmes des entreprises autres qu’en matière de design, il a été assimilé à un processus. On comprendra facilement que le design thinking ne cadre pas avec l’importance accordée à la linéarité et à la convergence dans la culture conventionnelle de l’efficacité si chère à la plupart des organisations, culture qui convient à la plupart des approches traditionnelles d’innovation. C’est là un problème important, ne vous méprenez pas, mais pensez-vous vraiment que des entreprises accordant tant de crédit au Six Sigma ou au CMMI accueilleraient volontiers le design thinking au titre de méthode «sérieuse» de résolution de problèmes ? J’en doute. D’évidence, le réduire à un processus de cette sorte était, dès le début, voué à l’échec. Le «design thinking en tant que processus» pose un problème, mais où ce problème se situe-t-il réellement?

Contrairement aux idées reçues, «processus», dans l’univers de l’entreprise, n’a pas de définition simple. Le processus ne reposent pas nécessairement sur la linéarité ou la certitude, peuvent même dans certaines conditions être flous (c’est le cas de l’Adaptive Case Management), ou divergents. Néanmoins, toutes les variétés de processus business partagent une propriété: l’indépendance envers ceux qui les opèrent. Dans ce contexte, même plongé dans la culture organisationnelle la plus innovante, le «design thinking en tant que processus» n’a pas de sens. Non pas à cause du désordre et du flou associés à la créativité, mais à cause de la subjectivité qu’elle implique: le design thinking est au plus haut point interprétatif et subjectif, et la plupart des résultats obtenus dépendent des aptitudes du designer. Là se trouve le piège: cette subjectivité est la maladie qui empêche le design thinking de tenir ses promesses. Là survient également un paradoxe: la subjectivité est autant un problème qu’une nécessité. Si nous la retirons, nous tombons dans le monde aride des processus business, incapables de faire jaillir toute créativité. Si nous en mettons trop, le spectre du designer guru montre la tête, imposant une vision plus en phase avec l’ego et la notoriété du designer qu’avec les véritables besoins des entreprises.

Un cadre adaptatif complexe

La plupart des problèmes que le design thinking cherche à résoudre n’ont ni formulation univoque ni solution unique. Malgré les nombreuses définitions qui en ont été données, spécifier ce qu’est le design thinking est en soi un challenge. Pour de nombreuses raisons, on peut l’assimiler à un cadre adaptatif complexe permettant de traiter d’autres dimensions complexes du business. Je vois l’approche du design thinking dans son ensemble comme une navigation à travers un paysage adaptatif (fitness landscape): le problème occupe le plan de base, tandis que la troisième dimension symbolise la «validité» des solutions possibles. Cadrer le problème se traduit par le choix d’un point sur le plan du problème, et l’ensemble de l’approche consiste à escalader les collines dans plusieurs directions, par des méthodes itératives, jusqu’à ce que des maxima soient atteints.

Le choix du point de départ est extrêmement subjectif, et repose sur le passé, l’expérience, l’empathie et l’intuition du designer. Rien de mal à cela, si ce n’est que le comportement des systèmes complexes dépend de leurs conditions initiales, et que ce comportement ne peut être maîtrisé sans en connaître tous les paramètres. Des changements mineurs peuvent produire des résultats extrêmement différents, et les étapes suivantes peuvent très bien aboutir à des impasses, des maxima locaux apportant des solutions bien moins qu’optimales. Faire confiance à une telle méthode requiert un véritable acte de foi. Qui décidera que tel point de départ est meilleur qu’un autre, si tous répondent au contexte ? Comment mesurer le degré de «fitness» de telle direction prise, sans les poursuivre toutes jusqu’au bout ?

Une autre caractéristique des systèmes complexes adaptatifs se rapportant au design thinking est leur comportement fractal. A travers prototypages et tests, les design thinkers rentrent progressivement dans les détails à travers les feedbacks obtenus, ces détails répondant à la même formulation que le problème lui-même, à des échelles différentes (design global, ergonomie ou points de contact, capacités de production, etc), chaque échelle étant aussi importante que l’approche initiale dans la solution telle qu’elle se dessine. Un problème étant que, à un certain moment, l’échelle traitée peut ne pas correspondre du tout à la solution envisagée, et de petites modifications négligées peuvent nécessiter de grands changements au niveau global. Vous pouvez, par exemple, vous heurter à une caractéristique susceptible de mettre à défaut toute la chaîne de production de l’entreprise avec laquelle vous travaillez. A ce stade, que peut-on faire ? Souvent, il n’y à plus qu’à mettre à la poubelle le travail fait jusque là et repartir d’un autre point de l’espace problème, et passer à une solution entièrement différente à cause d’un tout petit détail. Une telle action disruptive est affaire de destruction créative, et ce n’est jamais une décision facile à prendre, à cause de son caractère hautement subjectif. Le design thinking concerne la prise de décision – au lieu de réduire un problème à une grande décision à prendre, les designers prennent plein de petites décisions, apprenant au fur et à mesure. Par conséquent, la navigation dans des problèmes complexes et ambigus par le biais de petites expériences itératives est largement déterminée par une compréhension subjective, et continuellement remise en question, du contexte.

Design thinking = critical thinking + design doing

Dans l’espoir d’être mieux accepté par le monde de l’entreprise, le design thinking a abandonné la subjectivité associée à l’expérimentation, et sans laquelle la créativité ne peut simplement pas exister. De même, en quête de méthode de résolution de problèmes plus efficaces, il a oublié que les problèmes ne peuvent pas toujours être cerné sans ambiguité.

Je me rappelle une réunion à laquelle j’avais assisté, dans les années quatre-vingt, chez un fabricant de tissus au Japon. L’objectif de cette réunion était de se mettre d’accord sur les tendances de la prochaine saison afin de démarrer la fabrication de nouveaux tissus. Les participants, au nombre desquels étaient des stylistes, des responsables de collection et de vente, ont discuté couleurs et matières pendant plusieurs heures, prenant souvent de petits bouts de fil entre les doigts et les roulant ensemble pour voir concrètement à quoi le produit fini pourrait ressembler. A la fin de la réunion, aucune décision n’avait été prise. Les participants ne s’étaient mis d’accord que sur la gamme de couleurs générale, mais ont conservé avec eux les morceaux de fil pour continuer à en explorer les variantes et la faisabilité technique, prêt à faire fabriquer des échantillons pour test.

Ce fut pour moi une expérience renversante, et l’est toujours trente ans plus tard. Elle illustre magnifiquement de quelle manière le design thinking pourrait réussir à résoudre des problèmes business complexes. La pensée critique collaborative permet bien mieux à la créativité de s’exprimer que ne le pourrait n’importe quel designer. L’exploration d’idées en parallèle, menée le plus en amont possible, est bien plus prometteuse que le fait de s’appuyer sur la vision subjective d’une personne. L’activité permettant l’émergence de quelque chose d’innovant est sociale et sujette à l’interprétation. Elle consiste à guider un réseau de conversations entre des individus ou des groupes pour déterminer la gamme d’alternatives permettant de faire des choix convergents.

La subjectivité est une composante clef du design thinking qui, pour être acceptée et profitable pour les entreprises, doit être étroitement reliée au contexte organisationnel. Cela requiert une approche neuve, plus résiliente, du design thinking: nous avons besoin de designers ayant une compréhension réelle de l’ensemble des paramètres impliqués, s’appuyant sur des groupes et des réseaux de parties prenantes, incitant à la pensée critique, et reliant les résultats obtenus à leur propre expérience et expertise, à travers des méthodes issues du design. Appelons-cela des designers en forme de parallèlogramme (une forte compréhension des problématiques d’un business donné alliée à une forte expertise du design) dans une entreprise collaborative. Une définition que je soupçonne pouvoir s’appliquer avec profit au management 2.0.

Lire la seconde partie.

Jul

5

My Little Enterprise 2.0 Diffusion Framework

By Thierry de Baillon

Version française ici.

I find quite ironic that, while emphasizing the transformations needed / involved on the road to Enterprise 2.0, most case studies and literature on the subject, specifically when it comes to ‘adoption’, focus on the steps, and so rarely on the whole journey. Although collaboration is claimed to (hopefully) become our global way of working, much accent is put on technologies, practices, pilots, behaviors, management,… introducing tools and recipes without considering the constraints and mutations stressing the whole system: Enterprise itself. This sometimes makes me think of physicians talking about organs, topical cures and diseases without ever mentioning, or taking into account, the whole human body.

The vocabulary used is itself indicative of this state of mind. ‘Enterprise 2.0 adoption’ sounds like a technology-inclined, more process- that people-centric, one at a time methodology. Don’t misunderstand me; I am not saying that we should skip pilots, onboard anyone with a gentle smile and shout “we got the tools, we are 2.0 now”. Very few have tried, and even fewer are succeeding. Number of connections on a social platform doesn’t mean anything beyond brainless propaganda and top-down socialwashing. We will need to keep on coaching, evangelizing and scouting emergent practices for quite a long time. Seeding, then nurturing, is the correct attitude. Taking a broader view on Enterprise 2.0 diffusion dynamics in organizations might help leading the transformation at systemic scale.

Corporate culture, individual empowerment and management model are the three main assets any organizational change has to deal with. Let us see how a collaborative paradigm could fit an organization, given different corporate backgrounds and agents of change, and consider three main different approaches.

Holistic diffusion

Convergence between corporate culture and a leader’s vision offers, indeed, an ideal loam, not only to nurture a collaborative environment, but to leverage a whole social business ecosystem around the customer. Transforming such a business is only a matter of time and good communication, as the right practices get weaved into each company’s department. This might sound like an ideal world, but we all know the examples of Zappos and Cisco…

Empathic diffusion

Most companies aren’t designed for collaboration. Fostering its diffusion throughout the organization requires undertaking the usual steps we, practitioners, all know about: finding the right champions, targeting business departments already prone to work in a collaborative way, communicate about successes, and iteratively extend the experience. Enthusiasts will become ambassadors, and initiatives will spread to other parts of the business. Michael Idinopulos described this approach pretty well on his blog. Chances are good that this may help compensating for an unfavorable internal culture, with good support from the management. No wonder that most present case studies are following a similar approach: empathy, which Michael calls enthusiasm, is the glue of human relationships.

Fractal diffusion

One of the most discussed aspects of Enterprise 2.0 diffusion strategies is the necessity and the difficulty to involve the middle management. Our businesses hierarchical structure put a heavy pressure on managers, and their role is key to most business processes. Asking them to change to embrace collaboration and its inherent complexity is often perceived like asking them to dig their own grave. In this case, empathy won’t work, and even best evangelizers will fail along the way.

Modern businesses are inherently fractal, composed of nested routines, structures and know-how which deeply influence the behavior of the whole company, even without explicitly noticing it. The real backbone, the DNA of a company is sometimes hidden, buried behind processes or Excel dashboards. Identifying the core competencies of a business, whether it be in teams, departments or divisions, and leveraging collaboration in those places, will produce patterns which are reproducible throughout the whole organization. New practices, new managing routines will emerge, which can then be injected into other teams, departments and divisions. This, of course, will challenge managers. Some will adapt, some won’t. But new leaders will emerge, paving the road for a more empathic or holistic approach.

Jul

5

Mon petit précis de diffusion de l’Entreprise 2.0

By Thierry de Baillon

English version here.

Je trouve plutôt ironique que, tout en mettant l’accent sur la transformation nécessaire / mise en œuvre sur le chemin menant à l’Enterprise 2.0, la plupart des études de cas et d’écrits sur le sujet, notamment lorsqu’il s’agit de parler d’”adoption”, en décrivent les diverses étapes, et très rarement le voyage lui-même. Bien que la collaboration soit amenée (espérons-le) à devenir notre manière globale de travailler, l’accent est mis sur les technologies, les pratiques, les pilots, les comportements, le mangement,… sur l’introduction d’outils et de recettes, sans tenir compte des contraintes et des mutations qui pèsent sur le système dans son ensemble: l’Entreprise elle-même. Cela me fait parfois penser aux médecins parlant d’organes, de traitements et de maladies locaux sans jamais mentionner, ou prendre en considération, le corps humain dans son ensemble.

Le vocabulaire lui-même dénote cet état d’esprit: «adoption de l’Entreprise 2.0» sonne comme une méthodologie « du petit bout de la lorgnette » orientée technologie, davantage centrée sur les processus que sur l’être humain. Ne me méprenez pas ; je ne suis pas en train de dire que nous devrions laisser tomber les pilotes, enrôler tout le monde avec un joli sourire et crier à tout va «nous avons les outils, nous sommes 2.0». Très peu ont essayé, bien moins encore ont réussi. Le nombre de connexions sur une plateforme sociale ne signifie rien au-delà de la propagande absurde et du socialwahing. Nous allons devoir continuer notre travail de coaching, d’évangélisation et de mise en évidence de pratiques émergentes pendant longtemps encore. Semer, puis élever, voila l’attitude correcte. Une vue plus large sur les dynamiques de diffusion de l’Entreprise 2.0 peut nous aider à mener la transformation à l’échelle systémique.

Culture d’entreprise, autonomisation individuelle et modèle de management sont les trois données principales à prendre en compte dans tout changement organisationnel. Regardons de quelle manière un paradigme collaboratif pourrait se mettre en place dans une organisation, en tenant compte d’environnements corporate et d’agents du changement différents, et considérons trois approches principales différentes.

Diffusion holistique

La convergence entre une culture d’entreprise et la vision d’un leader est, évidemment, un terreau idéal, non seulement pour y faire croître un environnement collaboratif, mais pour mettre en place un écosystème complet de «social business» construit autour du client. La transformation d’une telle entreprise n’est qu’une question de temps et de communication adéquate, les pratiques adéquates faisant déjà partie intégrante de chaque service de l’entreprise. Cela ressemble à une vision idéale des choses, mais nous connaissons tous les exemples de Zappos et de Cisco…

Diffusion empathique

La plupart des entreprises ne sont pas conçues pour la collaboration. Favorisation sa diffusion à travers toute l’organisation requiert la mise en œuvre de tout ce que nous, praticiens, connaissons bien : trouver les bons champions, se concentrer sur les services de l’entreprise les plus ouverts au travail collaboratif, communiquer sur les succès, et étendre l’expérience de manière itérative. Les enthousiastes deviendront des ambassadeurs, et les initiatives se diffuseront à d’autres services de l’entreprise. Michael Idinopoulos a parfaitement bien décrit cette approche sur son blog. Il y a de bonnes chances pour que ces méthodes puissent compenser une culture d’entreprise défavorable, si le management y apporte son soutien actif. Il n’est donc pas étonnant que la plupart des cas d’études dont on parle suivent une approche similaire: l’empathie, que Michael appelle enthousiasme, est le ciment des relations humaines.

Diffusion fractale

Un des aspects les plus discutés de toutes les stratégies de diffusion de l’Entreprise 2.0 est la nécessité, et la difficulté, d’impliquer le management intermédiaire. Les structures hiérarchiques de nos entreprises exercent une forte pression sur les managers, et ils ont un rôle clef dans la plupart des processus business. Leur demander de changer pour jouer le jeu de la collaboration et de la complexité qu’elle sous-entend est souvent perçu comme leur demander de scier la branche sur laquelle ils sont assis. Dans ce cas, l’empathie sera inopérante, et les évangélistes les plus talentueux y laisseront en vain leur énergie.

Les entreprises modernes sont éminemment fractales, composées de routines, de structures et de savoir-faire imbriqués qui influencent fortement le comportement de l’entreprise entière, même de façon invisible. Le pivot, l’ADN d’une entreprise, sont parfois profondément enfouis derrière de nombreux processus et tableaux de bord Excel. Identifier les compétences fondamentales d’une entreprise, que celles-ci soient déployées au niveau d’équipes, de services ou de divisions, et aider à la mise en place de pratiques collaboratives en leur sein, créera des motifs comportementaux qui seront transposables à l’ensemble de l’entreprise. De nouvelles pratiques, de nouvelles routines managériales émergeront, qui pourront être ensuite injectées dans d’autres équipes, d’autres services et d’autres divisions. Bien sûr, cela représente pour les mangers un réel challenge. Certains s’adapteront, d’autres non. Mais de nouveaux leaders émergeront, ouvrant la voie à un approche plus empathique, voire holistique.

Nov

4

A Fractal Perspective on Enterprise 2.0 Adoption

By Thierry de Baillon

is enterprise 2.0 fractal?

Version française ici.

Whichever definition and/or paradigm we are trying to wrap Enterprise 2.0 in, whichever framework we are tempted to fit it in when boarding key departments from enterprise, one of the main challenges we, practitioners, are facing every day, is to find relevant patterns and routines to foster change and facilitate adoption among employees.

Involving marketing people is usually a matter of one-to-one education, accompanying them in the journey from “listening” to “adding value to your customers’ experience”. Implementing large scale collaborative tools require a different approach, usually a mix between selective evangelization and viral facilitation. But, how far does virality live up to its promises?

The downside of virality

Basically, virality relies on two pre-requisites: a propitious ground, whether it be a shared comprehension of the objectives or a strong sense of community, and a well-defined adoption program. If (and only if, remember that you cannot plan virality, you can at best sustain it) adoption takes off, most people will build their collaborative behavior from observation of a few early adopters or evangelists, triggering a lot of mimesis among participants. Paradoxally, successful viral adoption may lead to misuse of tools or misbehavior.

Early adopters and evangelists have to be carefully chosen to trigger the right behaviors among other people. Alas, the qualities involved in community activity are usually not the very same needed to drive adoption. Moreover, mimesis is often a blindfold, and, in most cases, people will not be able to discriminate a correct behavior, in accordance to their role, from the one induced by early adopters, before the late stage of adoption.

Not to say that virality is a useless factor in Enterprise 2.0 adoption, but in such a closed system, the expected exponential results of virality take the typical S-shape of an innovation adoption curve; the individuals able to induce a different behaviors to community members and to align community roles with business objectives might well be among late adopters, thus leaving a flock of users clueless about real value of Enterprise 2.0.

A fractal perspective

Businesses are complex, dynamic and non-linear systems. Interweaving social tools into such systems require much more than virality. Aligning collaborative practices with business objectives require new social processes to foster decision taking and emergence of consensus in non-deterministic way. At pilot or department level, 2.0 initiatives usually succeed due to the impulsion of a few individuals, but this kind of approach usually doesn’t scale well. Among factors to take into account are corporate culture, meaningful organizational patterns, interactions between every stage of the value chain,… and the need to provide individuals with empowering micro-processes.

From many points, Enterprise 2.0 structure might be helpfully viewed as a fractal structure: recognizable, scalable interaction patterns, instable equilibrium state, complex and quite unpredictable output. In this perspective, how could fractals help us facilitate adoption and maximize value?

  • Fractal patterns are scale-independent. Better than relying on early adopters and evangelists, we should try to enroll key actors (managers, facilitators, support functions…) as soon as possible, letting other employees arrange and model their interaction according to these pre-existing business patterns. “Setting clear objectives” is nothing else but implementing otherwise successful patterns into 2.0 initiatives.
  • This same scale invariance could help dealing with difficulties inherent to organizational change. Enterprise 2.0 adoption is not only taking what works at some level to evangelize broader initiatives. It is about implementing these same successful features at different level.
  • At individual level, the need for micro-processes, or social routines, is easily understood as requested by scale invariance. People should get, inside communities, the very same capabilities and roles the department they belong to has inside the company’s value chain.
  • Fractal systems are also characterized by existence of strange attractors, which maintain global equilibrium. Changing little parameters may lead to a totally different state. This is an interesting analogy with the management of internal communities. Raising the necessary consensus is not a role-based process, but rather a practice-based one, which positively accounts for more instability, thus more innovation.

Looking at Enterprise 2.0 adoption and value from a complex system perspective gives us interesting insights on the necessary culture shift to undertake and might provide us with a roadmap to successfully implement and scale initiatives while maximizing a company’s competitive advantages.

Nov

4

Adoption de l’Entreprise 2.0 : une perspective fractale

By Thierry de Baillon

is enterprise 2.0 fractal?

English version here.

Quelle que soit la définition et/ou le paradigme que nous tentons d’accoler à l’Entreprise 2.0, quel que soit le cadre dans lequel nous essayons de la faire entrer, lorsqu’il s’agit d’y convertir des services-clés de l’entreprise, l’un des principaux défis auxquels nous, praticiens, sommes confrontés chaque jour, est de trouver des motifs  et des routines adéquats, afin de favoriser le changement et de faciliter l’adoption de nouvelles pratiques par les employés.

La « conversion » d’un service marketing est souvent affaire de formation individuelle, d’accompagnement sur le chemin qui mène d «écouter» à «ajouter de la valeur à l’expérience de vos clients». Par contre, la mise en place d’outils de collaboration à grande échelle requiert une autre approche, jusqu’à présent celle-ci se résume en général à un mélange d’évangélisation et d’incitation virale. Mais la viralité est-elle réellement à la hauteur de ses promesses ?

Le revers de la viralité

Fondamentalement, la viralité repose sur deux conditions préalables: un terrain propice, qu’il s’agisse de la compréhension partagée des objectifs ou d’un sens aigu de l’esprit communautaire, et un programme d’adoption clairement défini. Si (et seulement si, souvenez-vous que la viralité ne se planifie pas, vous pouvez au mieux la favoriser) l’adoption « prend », la plupart des gens vont bâtir un comportement collaboratif en observant quelques early adopters et évangélistes, et s’y conformer, essentiellement par mimétisme. Paradoxalement, une opération virale réussie peut conduire à une utilisation des outils ou un comportement erroné.

Les early adopters et les évangélistes doivent être soigneusement choisis pour déclencher les bons comportements parmi la population cible. Hélas, les qualités nécessaires au bon fonctionnement communautaire ne sont généralement pas les mêmes que celles nécessaires au pilotage de l’adoption. De plus, le mimétisme a un effet aveuglant, et les gens ne seront généralement pas, avant le stade final de l’adoption, en mesure de discerner le comportement adéquat relatif à leur rôle, de celui induit, malgré eux, par les early adopters.

Ne nous trompons pas. Je ne dis pas que la viralité est inutile dans une démarche d’adoption d’Entreprise 2.0, mais dans un système clos tel que l’entreprise, la courbe ordinairement exponentielle de la viralité prendra la forme en S typique d’une courbe d’adoption de l’innovation ; les individus en mesure d’inciter les membres de la communauté à adopter un comportement différent et d’aligner leur rôle au sein de communautés avec les objectifs du business pourrait bien faire partie des adopteurs tardifs, laissant ainsi la majorité des utilisateurs dans l’ignorance de la valeur réelle de l’Entreprise 2.0.

Une perspective fractale

Les entreprises sont des systèmes complexes, dynamiques et non linéaires, et intégrer étroitement des outils sociaux dans de tels systèmes nécessite bien plus que de la viralité. L’alignement des pratiques collaboratives avec les objectifs business nécessite la mise en place de nouveaux « processus sociaux », propres à favoriser la prise de décision et l’émergence de consensus de manière non-déterministe. Qu’il s’agisse d’un pilote ou d’une initiative impliquant un service donné, les initiatives 2.0 réussissent généralement grâce à l’impulsion de quelques individus, une approche difficile à adapter à grande échelle. Parmi les facteurs à prendre alors en compte, citons la culture d’entreprise, les modèles organisationnels, les interactions existant à chaque stade de la chaîne de valeur, … ainsi que la nécessité de doter chacun de micro-processus valorisants.

De bien des points de vue, la structure d’une Entreprise 2.0 peut être utilement considérée comme une structure fractale: schémas d’interaction identifiables et évolutifs, état d’équilibre instable, production complexe et en partie imprévisibl. Dans cette perspective, comment les fractales peuvent-elles nous aider à faciliter l’adoption et à maximiser la valeur?

  • Les motifs fractaux sont indépendants de l’échelle. Plutôt que de compter sur des early adopters et des évangélistes, essayons d’impliquer les principaux acteurs (managers, facilitateurs, fonctions supports …) dès que possible, laissant les autres employés organiser et calquer leur comportement collaboratif en fonction de ces schémas préexistants. “Fixer des objectifs clairs» n’est rien d’autre que mettre en œuvre des schémas à l’efficacité prouvée dans le cadre d’initiatives 2.0.
  • Cette même invariance d’échelle pourrait aider à faire face à des difficultés inhérentes à  tout changement organisationnel. Une démarche d’adoption à l’Entreprise 2.0 ne consiste pas simplement à prendre ce qui marche à un certain niveau pour évangéliser des initiatives plus larges. Il s’agit d’implémenter avec succès ces mêmes réussites à différents niveaux.
  • A un niveau individuel, le besoin de micro-processus ou de routines sociales, se justifie par les effets d’invariance d’échelle. Chacun doit être en mesure d’avoir individuellement à sa disposition, à l’intérieur de communautés, les mêmes capacités et les rôles que le service auquel il appartient possède à l’intérieur de la chaîne de valeur de l’entreprise.
  • Les systèmes fractals ont également pour caractéristique l’existence d’attracteurs étranges, qui maintiennent l’équilibre global. De petits changements de paramètres peut rapidement conduire à un changement complet d’état. C’est là une analogie intéressante avec la gestion de communautés internes. Y faire naître le consensus nécessaire n’est pas un processus basé sur des rôles, mais plutôt sur des pratiques, ce qui influe positivement vers plus d’instabilité, donc plus d’innovation.

Considérer une démarche d’adoption vers l’ Entreprise 2.0 adoption du point de vue de l’étude des systèmes complexe nous fournit d’intéressantes observations sur le changement de culture nécessaire à entreprendre et pourrait nous fournir une feuille de route pour implémenter et généraliser avec succès des initiatives 2.0 tout en maximisant les avantages concurrentiels de l’entreprise.